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30/05/2017 : Parution > A venir

Ségolène Thuillart : à cor et à cri

Il est dimanche d’avril radieux.

Heure du poulet fermier, des poussettes capricieuses, des mains baladeuses, et de la lessiveuse. Le Paris des plus paresseux s’éveille difficilement…tandis qu’en face de la bibliothèque Vaclav Havel dans le XVIIIe arrondissement, se fomente un spectacle étonnant.

L’air est brûlant, les âmes marchent à l’ombre. Un air de western…Soudain, au loin,un petit bout de femme déboule avec son bleu de travail, son t-shirt marin, sa casquette d’antan, sa clochette tintinabulante et son haut-parleur rouge sang. Personnage singulier s’il en est. Approchons-nous.

Après avoir rameuté la foule, là voilà qui s’égosille à déclamer poèmes, déclarations d’amour et annonces de quartier.

Ségolène Thuillart, 28 ans, parisienne, est en train de procéder à une criée.

 

 

INTERVIEW « A COR ET A CRI »

1 – Ségolène, pourquoi tant de cris ? 

J’ai découvert le métier de crieur public pendant mes études à Lyon. J’étais un jour, tranquille à la Croix-Rousse, quand soudain, Gérald Rigaud, crieur public, s’est animé. Ca m’a tout de suite intriguée.

2 – Dans les cris et les larmes  : lors de tes criées, as-tu eu à faire face à des émotions surprenantes dans le public ?

Oui, une fois dans le cadre d’une intervention dans le Festival Squares en fête. Faut dire que les gens ne sont pas habitués…mais ce jour là, ma criée a particulièrement énervé l’un d’entre eux, une personne pas tout à fait sobre d’ailleurs. Mais au global, les habitants qui rencontrent ce projet sont plutôt curieux, ils viennent s’asseoir avec moi pendant un temps et papoter…

3 – Le cri originel. Crier, c’est un moyen de communication efficace selon toi ?

Oui, je trouve qu’on devrait se permettre plus souvent de crier un bon coup. Ca détend. J’adore crier dans les concerts par exemple parce que c’est typiquement le genre de lieux où on peut se le permettre, où on a le « droit » de s’exprimer.

4 – A cor et à cri. Le crieur, à la base, a un rôle de lien social, sentimental ?

Hier, le rôle du crieur était de communiquer les derniers décrets passés, et donc une manière de permettre à tout le monde d’être informé, tout simplement parce qu’il y avait beaucoup d’analphabètes. Aujourd’hui, je détourne un peu le projet parce qu’évidemment, on ne communique plus comme ça. La voix a moins d’importance que l’écrit de nos jours. Les choses se sont un peu déplacées ; l’activité de crieur public, aussi.

5 – Comment tu procèdes à la sélection des messages de ta criée ?

Je ne m’interdis rien. Je demande juste que les gens soient corrects, pas injurieux. On est en 2017, donc plutôt que de demander aux gens de me glisser leurs petits mots dans la boîte aux lettres, ils le font dans ma boîte email ! C’est libre. Ils m’envoient leur message à l’heure qu’ils souhaitent, et moi au moment de la criée, je précise cette heure d’envoi. On voit bien qu’un message envoyé à 5h du mat n’a pas la même saveur qu’un message envoyé à 19h, tranquillement après le travail. Ensuite, je les classe par rubrique parce y a plein de choses différentes et ça permet de structurer aussi ma manière de lire les choses.

Parfois, je mets un thème aussi. Par exemple, aujourd’hui, le thème était “C’est une blague?!” , avec point d’interrogation et point d’exclamation. Ca aide à cadrer un peu les gens qui ne savent pas quoi écrire mais qui en crèvent d’envie. J’ai aussi édité une « Gazette du Crieur », sorte de best-of des messages criés.  Ca permet à tout le monde de voir qu’un message de criée, ça peut être loufoque, ça peut être un coup de gueule, ça peut être un coup d’amour, ou une p’tite annonce.

6 – Ton coup de gueule ?

Aujourd’hui par exemple, j’étais hyper contente de crier le projet des Glorieuses, parce que c’est un projet politique, qui parle de la place des femmes et je trouve ça important..ou le message de distribution des p’tit dèj quartier de Flandre parce que ce sont des choses qui servent vraiment. Toutes ces initiatives de micro-organisation, c’est par la voix que j’ai envie de les dire. Entre nous comme ça, détendus. Regardez, il y a des jeunes, des familles, des gens seuls. Ils prennent le soleil mais en même temps ils s’informent. Mais  je suis aussi contente de crier des choses plus légères parce que pour moi c’est exactement ça le projet : je me situe entre le stand-up et le bon coin

7 – La dernière fois que, dans ta vie, tu t’es égosillée ?

Contre une voiture qui a klaxonné alors que j’étais totalement dans mon droit et qui a failli m’écraser. J’étais hors de moi. Fallait que ça sorte !

8 – Cri de joie ou cri de colère ?

Cri de folie

9 – Ton cri préféré ?

Sans hésitation, le cri de l’éléphant (rires)

10 – Ton secret pour que le crieur ne devienne pas criard ?

A vrai dire, je suis toute novice dans le métier donc je vais certainement prendre des cours avec un coach vocal, ou avec une amie comédienne parce que moi je viens pas du tout de ce milieu. Mon truc à la base c’est plutôt la performance, les arts plastiques, les arts visuels. Mais j’ai une amie médecin qui m’a dit que si on met une paille d’un diamètre assez gros dans un verre d’eau, et qu’on souffle, ça fait des massages des cordes vocales. Ca se tente non ? (rires)

11 – Donnez moi un C,  un R, un I, un E, un R : C.R.I.E.R

C pour Cri

R pour Ragot

I pour Impact

E pour Energie

R pour Rencontre

 

Oyé Oyé !

Pour retrouver toute l’actu de Ségolène, c’est par ICI : lecrieurpublicdeparis

A noter dans vos petits carnets, prochaine criée le samedi 3 juin 2017 à la Halle Pajol dans le 18ème !

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