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Association « L’Etape » – Aide aux enfants de parents divorcés : rétablir le lien

Ça y est, c’est la rentrée ! Les familles se préparent à affronter une nouvelle année. Parmi elles, près de 2 millions sont mono-parentales. Et 8 fois sur 10, le parent isolé, celui qui a la garde des bambins…c’est la mère.* Divorce pour faute, par consentement mutuel, pour altération du lien conjugal. Quelle que soit la raison, deux êtres se sont déchirés et laisseront en dommage collatéral, des enfants, parfois traumatisés.

Or quand le père et la mère ne peuvent plus se parler, que plus rien ne semble pouvoir les sauver, que le lien est entièrement altéré, une association, elle, tente de recoller un peu les pots cassés afin que les enfants puissent à nouveau envisager de créer une relation avec le parent mis de côté…

Dimitri Demnard, directeur de l’Association l’ETAPE, 66 ans, et père de trois enfants, raconte…

1 – Bonjour Dimitri, pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous décrire la genèse de l’Etape ?

Je suis arrivé dans l’association il y a 20 ans, à ses débuts. A l’époque, j’étais en pleine procédure de divorce donc j’ai été particulièrement sensible à la mission de la structure. En fait, il s’agissait d’un duplicata d’une association qui existait à Avignon. Nous avons décidé d’en créer une à Carpentras. Nous étions, à l’époque (1997),  des associations pionnières. Nous étions tous bénévoles. Puis la fondatrice est partie en 2000. Personne n’a émis le souhait de reprendre le flambeau, je me suis dévoué (rires).

A l’époque, on vivait de subventions assez modestes mais un beau jour, on n’a d’ailleurs jamais su pourquoi, l’association d’Avignon a dû fermer. Alors le ministère de la justice, suite à une offre de services, nous a demandé de la reprendre. J’ai donc monté une petite équipe. On a rouvert les deux associations : Avignon et Carpentras. On est d’ailleurs la seule association à être active dans deux endroits différents dans le Vaucluse.

Aujourd’hui, nous sommes 10 dans l’association (6 salariés, 4 bénévoles). La plupart ont un diplôme ou un passé d’éducateurs spécialisés, d’éducateurs de jeunes enfants, ou ont travaillé dans le domaine de la petite enfance.

2 – Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours ?

Avant j’étais prof, j’ai fait des études de lettres modernes. J’ai notamment écrit un ouvrage en 1989, le  « Dictionnaire d’histoire de l’enseignement ». Puis après mon divorce, je suis parti m’installer en Provence. J’ai été formateur en Haute-Savoie, prof de lycée en LEP (ndlr : Lycée d’enseignement professionnel), et quand je suis arrivé dans la région, j’ai été formateur pour jeunes de 16 à 26 ans. J’ai également, au cours de toute ma carrière, fait pas mal de missions de bénévolat pour l’aide à la scolarité. Mais j’avoue que reprendre cette association n’a jamais été un projet de vie ! Disons que comme souvent dans la vie, la convergence de la bonne rencontre au bon moment a créé une formidable opportunité ! Tout simplement.

3 – Comment parleriez-vous de l’association si vous deviez la présenter à un enfant ?

« Tes parents sont séparés, ils ont du mal à communiquer ensemble, et un de tes parents (ndlr : le père généralement) ne peut pas te recevoir chez lui. Alors on va recevoir ton papa chez nous avec d’autres parents. Et toi tu viendras également ici. Il faut que tu saches que 99,9% du temps, cette décision est une décision de justice, donc même si tu n’as pas envie, il va falloir respecter la loi et on va t’aider à faire cet effort de rencontre. Mais tu sais, à l’Etape, tu es en sécurité, les accueillants sont là pour toi, et grâce à ça, tu trouveras un autre type de relation avec ton papa (ou ta maman)« 

A l’Etape, on crée l’environnement idéal pour que parents et enfants puissent réapprendre à communiquer © Claire Soldaini – 
https://clairesoldaini.wordpress.com/
https://m.facebook.com/ClaireSoldaini/

4 – Pouvez-vous nous décrire le parcours classique d’un bénéficiaire de votre association ?

  • On reçoit une décision de justice.
  • On contacte chacun des deux parents séparément et on mène un entretien avec chacun d’entre eux (parfois cet entretien a lieu avec l’enfant et le parent « hébergeant »).
  • On leur présente l’association?
  • On recueille les deux versions des parents (parfois très très très différentes !).
  • On met en place un droit de visite, tous les 15 jours, une fois à Carpentras, une fois à Avignon. Généralement les mesures de justice durent 6 mois (même si certaines situations ici durent depuis 5/6 ans).

Nous accueillons les parents visiteurs le samedi, le matin de 9h30 à 12h30 ou l’après-midi de 14h à 17h. Ce sont des accueils collectifs. Nous rencontrons environ 15 familles le matin, 15 familles l’après-midi et avons un flux mensuel de 80 familles.

5 – Quelle est la vertu de l’accueil collectif selon vous ?

C’est le principe même des ERPE (Espace rencontre parents enfants), à la différence de ce qu’on appelle les accueils médiatisés, où chaque famille se réunit seule avec un médiateur.

L’avantage est double : 

1 / D’abord nous accueillons toutes ces familles dans un lieu très convivial où il y a des espaces de jeux, des jouets à disposition pour les enfants, un petit jardin, et 4 ou 5 accueillants pour faire en sorte que tout se passe bien.

2 /  Les parents se contraignent un peu mutuellement. Certains peuvent parfois être…disons… « vifs » entre eux ou avec les accueillants. Le fait qu’il y ait d’autres parents les « calme » un peu…Parfois même, des amitiés se forment. Les enfants s’amusent entre eux. Et plus globalement, les parents se sentent moins ostracisés, moins jugés.

Un accueil collectif pour plus d’apaisement © L’Etape

6 – Quelle est la principale mission de l’Etape ?

Nous sommes essentiellement tournés vers l’enfant. C’est vraiment pour lui qu’on est là. Pour maintenir le lien avec les deux parents. Car il faut savoir que généralement, un des parents ne veut absolument pas que l’autre voie l’enfant. Alors notre rôle, c’est de lui dire qu’ici, grâce aux accueillants et à la justice, c’est lui qui a le pouvoir. On lui explique que cette disposition peut changer réellement la perception qu’il pourra avoir de son parent plus tard, que c’est une mesure saine pour lui. De cette manière, on a espoir que certains enfants puissent grandir en reprenant pied sur la relation qu’ils avaient avec le parent qui les avait perturbé.

Le but ultime, c’est qu’au bout de 6 mois /1 an, une fois que les parents se sont bien détestés et déchirés…ils s’installent avec de nouveaux conjoints et finissent par s’entendre suffisamment pour ne plus avoir besoin de nous, et que l’enfant puisse passer d’un parent à l’autre sans problème particulier.

7 – Quand et qui juge de la fin de votre mission ?

Nous faisons régulièrement des rapports au juge. 9 fois sur 10, il y a une première audience, puis une deuxième audience de conclusion qui, soit renouvelle la mesure chez nous, soit nous indique que le boulot est fait. A ce moment là, le juge détermine que les parents peuvent se gérer seuls. C’est toujours lui qui décide in fine. Lui qui a le dernier mot…

8 –  Votre association en 4 expressions ?

  • Prévention des risques psycho-sociaux des enfants (je me répète mais c’est vraiment essentiel pour nous)
  • Reconstruction des adultes
  • Reconstruction des enfants
  • But humanitaire et social

9 – Avez-vous une anecdote à partager avec nous sur des familles qui vous ont particulièrement touché ?

Oui j’en ai une en tête depuis plusieurs années…12 ans environ.Un papa qui n’avait jamais vu sa fille. Un professeur de danse de salon. Il a demandé à la voir quand elle avait 8 ans. La maman, qui vivait en Corse à l’époque, s’est montrée plus que réticente. Elle râlait, disait que c’est elle qui avait toujours tout géré toute seule : l’accouchement, les couches, l’école, tous les frais. « Monsieur débarque la bouche en cœur et il faudrait que tout lui soit offert sur un plateau d’argent ?! » se plaignait-elle. Mais seulement voilà, une décision de justice a été prononcée. Il a donc réussi à voir sa fille. Ce qui était incroyable, c’est que c’était son portrait craché ! Ils se sont vus trois fois uniquement et le lien entre eux était tellement exceptionnel, qu’au bout de la mesure, la mère a dit qu’elle était d’accord pour tout. Il a pu accueillir sa fille chez lui.  

Il y a un autre papa aussi qui vient de Lyon tous les 15 jours depuis 6 ans, qui s’accroche désespérément. Il s’entend très bien avec sa fille, c’est même une relation d’une très grande qualité ! Mais la mère ne cesse de l’accuser et de poser des problèmes. C’est triste…

Au global, je réalise qu’il y a des parents d’une ténacité absolument incroyable.

10 – Quelles évolutions, parmi le public que vous recevez, avez-vous noté en 20 ans ?

C’est un public de plus en plus jeune, agressif. La plupart d’entre eux ne comprennent pas pourquoi ils sont là. Je remarque un appauvrissement de la population aussi. Des personnes qui vivent avec de lourds problèmes sociaux et comportementaux. Au début, des personnes venaient en 4×4 à l’association, puis en l’espace de 2 ou 3 ans, ces mêmes personnes ne pouvaient plus venir à cause de problèmes d’argent.

11 – Quels sont vos projets / besoins ?

La question principale est celle du financement. Le département ne soutient plus du tout l’association. Zéro ! Le conseil régional a abandonné son soutien financier depuis 2 ans. Nous sommes donc financés par la CAF et la justice, qui, je dois l’admettre, font de vrais efforts. La CAF notamment, va peut-être réviser ses subventions à la hausse. Nous aurons la réponse en fin d’année.

Nous manquons cruellement de notoriété et de reconnaissance de la part des mairies. Les institutions nous connaissent très peu. La justice se « contente » de nous envoyer les parents et de recueillir les statistiques tous les ans, mais nous n’avons pas beaucoup de levier de lobbying. Autre exemple : le local d’Avignon est en travaux. Eh bien on a mis plus de 6 mois à trouver des locaux ! On perd beaucoup trop de temps et d’énergie ! Donc je suis tenté de vous dire que le projet de l’association, c’est de survivre !

Mais bon…ça fait 20 ans et nous sommes toujours là, donc c’est qu’on ne fonctionne pas si mal au fond ! (rires)

Pour retrouver les missions de l’association L’Etape et prendre contact avec eux, rendez-vous sur leur site : www.assoletape.org

*Source 2014 : Centre d’observation de la société

 

 

 

 

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